le sentiment d’un destin à accomplir

Durell

Vois-tu, lorsqu’il n’a rien à faire, Nessim n’est plus rien ; il perd absolument toute saveur et il n’a plus de goût pour rien. Et il perd alors tout pouvoir d’intéresser une femme, de l’émoustiller. En un mot, c’est le parfait idéaliste. Lorsque le sentiment d’un destin à accomplir le dévore, il devient vraiment splendide. C’est en grand acteur qu’il m’a hypnotisée, qu’il m’a révélée à moi-même. Mais comme compagnon de cellule, dans la défaite, il engendre l’ennui, la migraine et des idées aussi banales que le suicide !

Lawrence Durrell

Le Quatuor d’Alexandrie
Clea
p. 809 (Édition en un volume chez Buchet/Chastel)

[C’est Justine qui parle à Darley, le narrateur]