
J’ai parfois des nouvelles de la conférence permanente que tiennent mes consœurs de la cour Napoléon, au Louvre. Alignées selon une apparence d’ordre classique, surplombant l’espace offert aux visiteurs du monde entier, elles portent leurs noms, elles. Elles sont en outre pourvues de leur corps tout entier, comme des statues. Et elles parlent, et elles parlent…
Séance du 18 août 2013
P. Puget – « Lis cela, mon garçon »
Ph. de Champagne – « Est-ce là un amour de presse ? »
C. Perrault – « Estimées dix mille francs »
Lesueur – « A ! Ah ! mon garçon, la province est la province, et Paris est Paris […] »
N. Coustou – « Mon fils se serait-il enrichi? »
J. Sarazin – « Qu’as-tu fait de tes banques ? »
G. Audran – « Laisse-moi manœuvrer les Cointet, ne te mêle pas de cette affaire »
N. Poussin – « Au bœuf l’agriculture patiente, à l’oiseau la vie insouciante »
J. Mansart – « Voilà donc ce qu’est André de Chénier ? »
d’Aguesseau – « Monsieur, voici un mémoire […] »
Cassini – « Eve doit être inquiète, adieu »
J. de Brosse – « Plût à Dieu qu’il fût mieux traité que lui »
Dupérac – « Je ne mourrai pas, moi, je vivrai pour vous »
Houdon – « Est-ce bien moi qui vous les ai dictées ? »
Montaigne – « Ma chère, qu’y a-t-il d’extraordinaire à ceci ? »
Richelieu – « Cher petit, plus tôt il se fera, plus vite il sera sanctionné »
A. Paré – « Enfant ! Enfant ! si l’on nous voyait, je serais bien ridicule »
Descartes – «Bonjour, mon fiston »
Lemercier – « C’est un grand malheur »
Lhopital – « Que lis-tu donc là? »
I. Lepautre – « Nous serons tous heureux »
Gabriel – « Si elle a de l’esprit, elle doit bien t’aimer, cette femme ! »
G. Pilon – « Seulement, laissez-moi quelques instants pour m’habiller. »
Clodion – « J’arrive le premier »
Lenôtre – « Vous quittez rarement la ville, monsieur ? »
Coisevox – « Eh bien, monsieur, qu’y a-t-il de nouveau ? »
Keller – « Il se trouve dans Cicéron une page qui semble avoir été écrite pour ce qui se passe de nos jours. »
A. Chénier – « Ma fille a toujours aimé les animaux. »
Marigny – « Il a imprimé ses poésies lui-même. »
J. Cœur – « Ne trouvez-vous pas que la langue française se prête peu à la poésie ? »
Regnard – « Décidément, ce baron est bien spirituel. »
Grétry – « Comprenez-vous ce calembour ? »
C. Lorrain – « Et l’armure de l’archange est une robe de mousseline assez légère. »
J. Goujon – « Il faut être bien aveuglée pour admettre ici et nous présenter ce petit bonhomme. »
Ducerceau – « Vous êtes bien heureux, monsieur »
Massillon – « Et que nous créerez-vous ? »
Mignard – « Comment trouvez-vous notre poète et sa poésie ? »
Amyot – « Il n’y a pas de gloire à bon marché. »
Ph. de Commine – « Entreprenez cela »
Fléchier – « La belle soirée ! l’air est à la fois tiède et frais, les fleurs embaument, le ciel est magnifique. »
Joinville – « Et elle leur délie la langue »
S. Simon – « Vous me glacez le cœur »
Louvois – « Les convenances nous séparent »
Lalande – « Assez, assez »
Lavoisier – « J’avais deviné aussi que vous étiez un de ces inventeurs auxquels il faut, comme mon pauvre père, une femme qui prenne soin d’eux. »
Vauban – « Ne puis-je savoir le secret ? »
Sully – « N’est-il pas temps de lui faire une existence tranquille ? »
Denis Papin – « Pourvu que ton père ne contrarie pas ce mariage ? »
Condorcet – « Voilà les accordailles des gens pauvres. »
Bossuet – « Mon père, je viens vous parler d’une affaire importante »
Voltaire – « Mais elle a ce qu’avait ma mère. »
J. Racine – « Mon père, il me semble que jusqu’à présent je vous ai causé peu de chagrin… »
Bourdalou – « Voilà un jeune homme heureux »
de Thou – « Qui donc est venu ? »
Suger – « Eh bien, je suis trop votre ami pour vous le laisser ignorer. »
Labruyère – « Disposez de moi, je vous le répète. »
S. Bernard – « J’y vais »
Turgot – « Eh bien, allez dans la chambre à coucher d’Amélie »
Mathieur Mole – « C’est bien. À demain. »
Montesquieu – « Un homme de la campagne à qui j’ai entendu raconter les détails avait tout vu du dessus de sa charrette. »
Rousseau – « Allez donc, soyez discret, et trouvez-vous demain soir à minuit à une centaine de pas après Mansle. »
Froissart – « Ne te chagrine pas, tu auras tes deux mille francs. »
Buffon – « Je vous ai suivie en risquant d’avoir une réprimande à l’ administration, car je prévoyais ce qui vous arrive. »
Mazarin – « Vous avez raison, cher ami, mais comment faire ? »
Colbert – « Si je suis votre gloire, vous êtes encore plus pour moi, vous êtes ma seule espérance et tout mon avenir. »
Abailard – « Il a dans le caractère plus de générosité que je ne le pensais »
Malherbe – « Elle était heureuse d’une circonstance qui rapprochait de la famille une personne de qui elle avait entendu parler, et qu’elle souhaitait connaître, car les amitiés de Paris n’étaient pas si solides qu’elle ne désirât avoir quelqu’un de plus à aimer sur la terre ; et si cela ne devait pas avoir lieu, ce ne serait qu’une illusions à ensevelir avec les autres. »
Rabelais – « Je vous accorde volontiers ceci, mais nous vivons avec les personnes et non avec les livres. »
Grégoire de Tours – « J’ai l’air d’un apothicaire, d’un vrai courtaud de boutique ! »
De son éternité d’équilibriste, une pyramide de verre reçoit ces discours, indifférente à la croupe équestre de Louis XIV. Son aura géométrique couvre de sagesse ces vestiges de pouvoirs exercés par ces paroles si chargées d’Illusions perdues.
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