
J’étais à l’écoute, avant et après le coup d’État de Pinochet au Chili, le 11 septembre 1973.
J’ai vu l’autre jour, par-dessus l’épaule du locataire du troisième étage, une dépêche de l’Agence France Presse où sont rapportées certaines conversations, enregistrées à la Maison blanche, entre des personnages placés à l’époque à la tête des États-Unis d’Amérique du Nord. Cette dépêche rend compte exactement de ces conversations si lourdes de morts et de désespoirs.
1970
Kissinger (conseiller à la sécurité nationale puis secrétaire d’État) au directeur de la CIA, Richard Helms, après l’élection de Salvador Allende : « Nous ne laisserons pas le Chili partir à l’égout ».
1971
(Après que le Chili eut décidé de ne pas dédommager les entreprises américaines lors de la nationalisation du cuivre)
Nixon (président des États-Unis de 1969 à 1974) au secrétaire au Trésor, John Connally : « J’ai décidé que nous allions sortir Allende […] C’est un ennemi […] Tout est permis au Chili. Foutez-lui un coup de pied au cul, OK ? »
Juillet 1973
(Deux mois avant le coup d’État)
Nixon : « Je crois que ce Chilien pourrait avoir quelques problèmes ».
Kissinger : « Il a de gros problèmes […] ».
Nixon : « Si seulement l’armée pouvait trouver quelques personnes derrière elle ».
16 septembre 1973
(Cinq jours après le coup d’État)
Kissinger : « L’affaire au Chili se concrétise et bien sûr la presse se lamente parce qu’un gouvernement pro-communiste a été renversé […] C’est-à-dire, au lieu de se féliciter… Sous le gouvernement de Eisenhower, nous serions des héros ».
Nixon : « Bon, nous ne l’avons pas fait, comme vous savez, notre main n’apparaît pas ».
Kissinger : « Nous ne l’avons pas fait. Ou plutôt, nous avons aidé […] nous avons créé les meilleures conditions possibles ».
Nixon : « Voilà, et c’est comme cela que nous allons le présenter ».
Octobre 1973
(mémorandum d’une réunion au département d’État)
Kissinger : « Aussi désagréables que soient ses actes, le gouvernement [de Pinochet] est meilleur pour nous que ne l’était Allende ».
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