Au pays de l’inintelligence artificielle

Un empire où les fabricants d’algorithmes assiègent les créateurs

J’ai retrouvé un livre lu dans les années 1970 : « Cybernétique et société », de Norbert Wiener. L’auteur, inventeur du terme cybernétique, a donné un sous-titre à son ouvrage : « L’Usage humain des êtres humains ». Tout un programme.

La première édition en français parut en 1962 et une nouvelle édition remaniée vint en 1954 dans la collection « Le monde en 10 x 18 ». Là encore, parut une nouvelle édition, en 1971. C’est là que j’ai commencé à m’intéresser à la chose, car l’auteur, dès le premier chapitre, écrit que « À côté de la théorie de la technique électrique pour la transmission des messages, il y a un champ plus vaste qui englobe non seulement l’étude du langage, mais aussi l’étude des messages en tant que moyen de contrôle sur les machines et la société […] ». Le sous-titre de l’œuvre a pris pour moi tout son sens.


Lire ici « L’intelligence artificielle d’un “perroquet statistique” »


En 1965 paraissait en France « La cybernétique et l’humain », de Aurel David. Là, j’ai vu une citation du Phèdre de Platon où Socrate chante les louanges de la prêtresse de Delphes dans ses délires et considère que ses propos courants ne sont d’aucune utilité. J’ai trouvé d’abord que c’était un éloge de l’intuition et du génie créateur libéré des routines des raisonnements plus ou moins automatiques.
En me rappelant l’attitude de Socrate et de Platon face à la démocratie athénienne, je me suis dit que les appeler à l’appui d’une démonstration augurait mal du rôle attendu de la cybernétique.

Pour en avoir le cœur net, j’ai ouvert le Phèdre de Platon. En outre, en cherchant quelque chose dans ma bibliothèque, je suis tombé sur le livre de I. F. Stone, « Le procès Socrate ». J’y ai rencontré des auteurs que mes souvenirs de philosophie lycéenne ne m’avaient pas préparé à envisager sous cet angle.

Socrate

Le livre de Stone décrit Socrate comme vivement opposé à la démocratie athénienne. Il confirme ce que dit Aurel David sur le grand cas que Socrate fait de l’oracle de Delphes. D’ailleurs, l’article Socrate de l’Encyclopædia Universalis le confirme à sa manière, sans développer l’attitude de Socrate vis-à-vis de la démocratie : « Il avait déjà des disciples quand l’oracle de Delphes, consulté par l’un d’eux, le désigna entre tous les hommes comme le plus sage et le plus savant (sophos). Stupéfait par cette réponse, Socrate y voit le signe d’une mission divine ; il ira désormais par les rues et par les places, questionnant chacun, jeune ou vieux, artisan ou notable. Tous croient savoir quelque chose, et ne savent pas qu’ils ne savent rien. Sous le feu des questions de Socrate, ces certitudes naïves se dégonflent comme baudruches. Lui, au moins, sait qu’il ne sait rien : l’oracle avait raison. »

Selon Stone (p. 141), « Socrate faisait partie de ces Athéniens qui méprisaient la démocratie et qui idéalisaient la société spartiate ».

***

Pour être sûr de savoir de quoi je parle, pour m’approcher de la véracité des mots, j’ai consulté le Grand Robert, qui ne m’en voudra pas, j’espère, de rapporter ses sages références.

algorithme [algɔʀitm]n. m.

ÉTYM. 1554 ; algorisme,XIIIe ; augorisme,v. 1230, «  calcul en chiffres arabes  » ; au XVIe, «  arithmétique  » ; anc. esp. alguarismo,lat. médiéval algorithmus,nom latinisé du grand mathématicien arabe surnommé (’)ǎl-hǔwārǐzmī(Al-Khawarizmi,→ Algèbre) pris comme nom commun, également sous la forme algorismus.

1 – Hist. des sc.Système de numérotation décimale (emprunté aux Arabes).

◆ Vx.Règles de l’arithmétique élémentaire.

◆ Règles opératoires intervenant dans une des opérations de l’arithmétique.L’algorithme de la division.

2 – Mod.Ensemble des règles opératoires propres à un calcul.→ Mathématique, cit. 0.2.Algorithmes du calcul intégral, des puissances, etc.Algorithme d’Euclide (ou du plus grand commun diviseur).Algorithme infinitésimal de Leibniz.

◆ Par ext.Suite de règles formelles explicitée par une représentation de type mathématique et correspondant à un enchaînement nécessaire ; cette représentation mathématique.Construction mentale à base d’algorithmes.Les algorithmes de la logique formelle.—  Inform.Calcul, enchaînement des actions nécessaires à l’accomplissement d’une tâche.➙ Automate.Langage destiné aux algorithmes.➙ Algol.

« Intuitivement, un algorithme est un ensemble de règles qui permet de réaliser mécaniquement toute opération particulière correspondant à un type d’opération. On peut encore dire que c’est une procédure mécanique qui, appliquée à une certaine classe de symboles (symboles d’entrée), fournit, éventuellement, un symbole de sortie (…)
a) Un algorithme est un ensemble d’instructions de taille finie (…)
b)Un opérateur (humain, mécanique, optique, etc., ou électronique) réagit aux instructions et effectue le calcul.
c)Des dispositifs (papier et crayon, roues dentées, mémoires magnétiques, etc.) permettent d’effectuer, de stocker et de retrouver les différentes étapes du calcul.
dLes processus sont essentiellement discrets (…)
e) La suite des opérations élémentaires à effectuer est parfaitement déterminée (…) »

M. GROSSet A. LENTIN,Notions sur les grammaires formelles, p. 43-44.


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