
& <128>. La religion comme principe et le clergé comme classe-ordre féodal. Quand on exalte le rôle qu’a joué l’Église au Moyen-Âge en faveur des classes inférieures, on oublie tout simplement une chose : qu’une telle fonction n’est pas liée à l’Église en tant que représentante d’un principe religieux et moral, mais à l’Église en tant qu’organisation d’intérêts économiques très concrets, qui devait lutter contre d’autres ordres qui auraient voulu réduire son importance. Cette fonction a donc été subordonnée et incidente : mais le paysan n’en était pas moins taillable par l’Église que par les seigneurs féodaux. On peut peut-être dire la chose suivante : que l’Église en tant que communauté de fidèles a conservé et a développé certains principes politico-moraux en opposition avec l’Église en tant qu’organisation cléricale jusqu’à la Révolution française, dont les principes sont ceux de la communauté de fidèles contre le clergé, ordre féodal, allié au roi et aux nobles : c’est pourquoi de nombreux catholiques considèrent la Révolution française comme un schisme et une hérésie, c’est-à-dire comme une rupture entre le berger et son troupeau du même type que celle de la Réforme, mai historiquement plus mûre par ce que survenue sur le terrain de la laïcité : non pas des prêtres contre des prêtres, mais des fidèles contre des prêtres.
Le véritable point de rupture entre la démocratie et l’Église doit cependant être situé pendant la Contre-Réforme, lorsque l’Église a eu besoin du bras séculier (fastueux) contre les luthériens et qu’elle a abdiqué de sa fonction démocratique.
Antonio Gramsci – Cahiers de prison – Cahiers 1, 2, 3, 4, 5 – Gallimard
Introduction, avant-propos, notices et notes de Robert Paris
Traduction de l’italien par Monique Aymard et François Bouillot
Cahier 1 – p. 117
Titre original : QUADERNI DEL CARCERE
Instituto Gramsci, 1974, et Giulio Einaudi Editore, 1975
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Février 2025

