Un journal à venir ?

Kiosque

Il manque un journal en France. Des journaux, même. La presse ouvrière a subi, depuis des décennies un déclin tragique. Comment donner un nouvel essor aux quotidiens, aux hebdomadaires qui donnent des informations, forgent des opinions, mènent des combats pour la majorité de la population du pays, le peuple travailleur ?

Qui ? Quel rassemblement courageux osera dire : « Il y aura une fois » ? Il y aura une fois une publication régulière destinée au plus grand nombre dont le titre sonnerait comme L’Écho du Travail.

Quel sera ce journal qui saura capter l’attention du lecteur, le captiver peut-être, au point de lui permettre d’échapper à ses préoccupations quotidiennes, immédiates ? Soucis, tourments parfois, avec quoi le vieux monde remplit la conscience et l’empêche de s’émanciper. Un film de Wim Wenders donne une illustration de ces voix intérieures qui, sans cesse, assaillent tous ceux qui seraient les lecteurs d’un journal libérateur, à condition que ce journal comprenne qu’il doit tenir compte de la vie réelle de l’esprit de ceux à qui il s’adressera.

En attendant, il y aura ici des tentatives pour décrire ce que serait, par exemple, cet hebdomadaire.

Quelques réflexions et digressions, d’abord.

Le journal, c’est un lien (un média) entre le spontané et le conscient. C’est ce qui doit se voir dès le premier coup d’œil : il ne délivre pas une vérité révélée et éternelle mais accompagne le mouvement pour qu’il aille vers son but naturel, l’émancipation du travail.

La longue tradition de l’obscurité rituelle nous offre un contre-exemple : la revue des témoins de Jéhova.


Jargon

Calibres

Puis une esquisse de rubrique, pour pour essaayer. Elle aurait pour titre « Un jour dans la semaine ». En voici les premiers prototypes.

Un jour dans la semaine

Mercredi 13 janvier 2021 – Un groupe canadien annonce
qu’il va acheter Carrefour

Un petit poisson américain va-t-il avaler un requin français de la grande distribution ? Le groupe d’alimentation canadien Couche-Tard et le Français Carrefour ont annoncé, mercredi 13 janvier 2021, chacun de son côté, avoir engagé des négociations pour un « rapprochement ». Un mot gentil pour « rachat » : Couche-Tard  en évalue le coût à environ 20 milliards d’euros, soit 30 % de plus que le cours en Bourse.

Par une opération… renversante, cette « possible transaction amicale », selon les termes diplomatiques de rigueur, permettra au Canadien, champion des supérettes de proximité Circle K (en Québécois, des « dépanneurs ») et des stations-service, d’acquérir l’inventeur en France des grands hypermarchés.

L’annonce ayant été faite le matin, la Bourse s’est emballée dans la journée et le titre de Carrefour a bondi de 16,3 %. Un record en séance.

Couche-Tard exploite 14 000 magasins, dont 9 000 en Amérique du Nord, avec 130 000 employés. Il réalise 70 % de son chiffre d’affaires avec des ventes de carburant, peu rentables mais qui attirent des clients dans les supérettes attenantes aux stations-service qui, elles, ont de très bonnes marges. Ce qui donne une rentabilité nettement supérieure à celle de Carrefour. Le bénéfice a atteint 2,4 milliards de dollars canadiens pour l’exercice décalé 2019-2020, soit environ 2 milliards d’euros. Pour Carrefour, en 2019 le résultat net n’a été que de 1,3 milliard, pour un chiffre d’affaires de 81 milliards. Le québécois, coté à la Bourse de Toronto, affiche en outre une capitalisation de 26,5 milliards d’euros, qui est presque le double de celle du français (13 milliards).

Depuis plusieurs années, les enseignes de super et hypermarchés ont pris possession de nombre de petits commerces d’alimentation.

Ces batailles entre les détenteurs de capitaux, se déroulent dans un contexte de concurrence exacerbée par la crise économico-pandémique.

Depuis plusieurs années, les enseignes de super et hypermarchés ont pris possession de nombre de petits commerces d’alimentation dans les villes et les villages. Combien de ces petits magasins vont-ils fermer définitivement du fait de la crise, des confinements et des couvre-feux ? Autant de proies faciles, sinon providentielles pour les geants affamés.

Mais entre en scène Le Maire, ministre. Le soir-même, il menace d’interdire la transaction au nom de la « souveraineté alimentaire » française.

Difficile de savoir quelles intentions réelles se voilent derrière ces déclarations spectaculaires. On peut se demander, par exemple, s’il ne s’agit pas ici d’un prélude à une négociation plus vaste, dont les enjeux ne seront connus que des conseils d’administration des sociétés en question et des cercles du pouvoir. Mais en admettant que, tout à coup, la souveraineté alimentaire du pays compte plus que sa souveraineté pharmaceutique, on pourrait souffler une solution à ce ministre. Pourquoi ne pas mettre en œuvre une mesure bien plus sûre qu’un veto opposé à l’offre canadienne ? Pourquoi ne pas nationaliser ces géants de la distribution alimentaire. Ils sont aujourd’hui tout aussi capables qu’un Canadien de profiter, voire d’organiser des pénuries avantageuses dans leurs rayons.

Avogadrino

Un jour dans la semaine

Mercredi 6 janvier 2021 – Macron réunit son conseil de défense

C’est le chef de l’État, chef des armées. La pandémie de Covid-19 lui permet de devenir encore plus le sauveur suprême. Donc, ce mercredi 6 janvier 2021, Macron dirige à l’Élysée une réunion du Conseil de défense et de sécurité nationale (CDSN). Il avait prévenu, au début de la crise : « Nous sommes  en guerre ». Son conseil de guerre, c’est ce Conseil de défense, un concentré des institutions « au savoir-faire expéditif » de la Ve République. Née du coup d’État du 13 mai 1958, cette république s’est perfectionnée.

Dans ses attribution normales, si ce terme peut être osé, ce CDSN définit  les orientations en matière de programmation militaire ; de dissuasion ;  de conduite des opérations extérieures ; de planification des réponses aux crises majeures ; de renseignement ; de sécurité énergétique et économique ; de programmation de sécurité intérieure concourant à la sécurité nationale et de lutte contre le terrorisme. Désormais, la gestion de la crise sanitaire entre dans ses attributions, par la volonté du président.

Depuis 2016, le rythme des convocations du conseil s’est accéléré. De deux ou trois réunions annuelles sous la présidence de Sarkozy, le CDSN est passé à trente-deux en 2016 puis quarante-deux en 2017. Avec la pandémie, ses réunions précèdent régulièrement celles du conseil des ministres, qui entérine les décisions. Mais, les discussions de ce conseil sont couvertes par le « secret défense », contrairement à celles du Conseil des ministres. En entrant, les participants remettent leurs téléphones mobiles et reçoivent un bloc-notes dont chaque page porte la mention « secret-défense ». « Aucune trace écrite ne doit ensuite rester sans surveillance. Les éléments inutiles doivent être détruits via un procédé ad hoc. Et le reste doit être conservé dans un coffre-fort », révélait en mai dernier Le Figaro, toujours bien informé sur ces sujets.

Un profond secret… masque les motifs des décisions.

Voilà comment l’État se militarise. Alors que la transparence dégouline de tous les discours, un profond secret… masque les motifs des décisions et appliquées par la force publique. Les multiples facteurs qui devraient être pris en compte pour protéger la population, personne ne peut dire comment ils ont été déterminés. Quels sont ceux qui ont été prépondérants ? La disponibilité des masques ? des tests ? des vaccins ? Les considérations économiques, parmi les quelles la survie quoi qu’il en coûte des sociétés capitalistes ? Le colmatage des béances laissées par des décennies d’abandon de la recherche scientifique publique ? En secret, tout se passe comme si, comme dans les armées du monde entier, des manœuvres militaires s’organisaient en secret pour préparer les troupes à un conflit ouvert. Un conflit contre qui ?

Qui saura jamais ? Les juristes peuvent bien rappeler que, théoriquement, le secret défense peut être levé par l’autorité judiciaire. Dans quelles conditions et quand ? L’Histoire est pleine de ces documents classés secret défense révélés, partiellement et longtemps après que le mal a été commis.

Trois mille signes sur un événement survenu le jour de la parution du numéro précédent de l’hebdomadaire (L’Écho du travail). Par exemple, dans le numéro du 13 janvier 2021, il serait question de quelque chose qui se serait passé le 6 janvier.

L’idéal serait un thème non traité dans le même numéro, du moins d’après ce qu’on peut déduire de ce qui s’est décidé au comité de rédaction.

Avogadrino

Une colonne titrée « Un jour dans la semaine ». Un titre pour le papier de trois mille signes. Pas de chapô. Une exergue. Pas d’illustration. Une signature.
La documentation et les sources du papier sont mises à la disposition de la rédaction (par exemple dans un dossier partagé sur le réseau local) en même temps que la copie est remise.
L’Écho du Travail paraissant le mercredi, il est bouclé le mardi. La copie de la chronique « Un jour dans la semaine » est remise le vendredi.
Son sujet est un de ceux qui n’a pas été distribué au cours de la conférence de rédaction.